samedi 17 octobre 2015

D'une couleur l'autre

 Il y a six ans, j'écrivais ce petit compte-rendu de consultation illustré par un thermomètre qui explose :

http://carnet-ultime.blogspot.fr/2009/09/ouvrez-la-bouche-et-dites.html#comment-form

Vous me direz, pas de quoi fouetter un chat, n'est-ce-pas ? une scène tout ce qu'il y a d'ordinaire dans le plus médiocre des mondes.

Eh bien, mon ordinaire d'hier, il va mener à mon ordinaire de demain.
Où une région de plusieurs millions de personnes va se couvrir d'un drap de plomb.
Où, sans aucune terreur annonciatrice, simplement, comme s'il s'agissait d'une simple feuille enlevée dans un éphéméride, la vie va changer de couleur; et de gris clair, parsemé de soleil, va devenir gris foncé, caca d'oie, et sûrement pas de ce bleu réputé.



Alors demain, je vais voter.
Non par devoir, non par plaisir, non par conviction.
Par lutte.
Avant d'être abîmée, mise au ban, engloutie, parce qu'un jour, j'ai choisi de vivre ici.

L'âme de fond (1)



Dans cette étuve fourbe et douceâtre
L'océan se taisait
Le long des bancs de sable
Se terraient
Les poissons amers

A demi assoupie,
La surface frémit
A remous si ténus
Qu'on les perçoit à peine

Implacable,
Chape immense et vierge de toute splendeur,
La vague sans annonce déroule son poids invisible
Au fond
Les grains s'évadent
Les sons s'élargissent
Et toi, debout, bien droit, immobile et certain,
Tu bouges, soudain tu n'es plus là, perdu corps, et âme

dimanche 27 avril 2014

Tributes

L'immense privilège de connaître, et d'aimer. Parmi ceux qui m'entourent, deux, trois, quatre, ont gagné en re;connaissance puis en notoriété. Pour leur talent, soit, évidemment, immense, mais avant tout pour leur travail incessant, incessamment recommencé, quand la médiocrité attisait leur rage et leur volonté. Pour leur générosité, leur aptitude à transmettre leur savoir, communiquer leur passion.
Depuis mon père, jusqu'à Marie, Hervé , j'ai toujours ressenti gratitude, humilité et soif de toucher ces étoiles. De porter, aussi, jusqu'à leurs failles un peu de baume et de tendresse. Car ils sont forts comme des rocs, nous portent dans leurs rêves. Mais fragiles comme des rêves, ils se brisent aux rochers, par vagues.

Ces écorchés vifs qui ardent et s'exaspèrent, nos phares dans la nuit.



lundi 19 septembre 2011

Cours Danielle - un portrait

C'est une femme un peu sans forme, sans contour, sans âge, sans expression.
Elle a un corps sans personnalité, livré à lui-même. La taille n'est pas marquée, on ne perçoit pas les genoux, les cuisses et les mollets semblent articulés sans transition. Son visage est fade, ses traits sans relief.
Elle court, engoncée dans ses survêtements trop chauds, trop grands, mal assortis ; son t-shirt trop moulant sur ses seins, mornes malgré leur galbe rond, rebondissant trop bas sur son torse.
Elle court les pieds en canard dans des tennis blanches datant de ses années de collège, en soufflant péniblement, le visage rouge, les cheveux collés au front.
Elle court toujours si laborieusement, et aussi de cette façon inexorable. Elle s'acharne, le regard au sol, à avancer de son pas lourd, saccadé et pataud, laissant derrière elle, une maison, un trottoir, une rue, une ville, une famille, un fardeau.
Elle porte dans le rouge de sa veste nouée à sa taille, sa longue veste en jersey dont les liens trop longs ballottent contre ses cuisses, elle porte dans le rouge de cette veste les insultes qu'elle essuie toute la journée. Les « empotée ! » qui pleuvent sur son cou ployé, du matin au soir ; sur ses épaules fuyantes mouillées de sueur, les regards déplaisants, les soupirs lourds de reproches inarticulés.
Sur son visage boursouflé, dans la torsion de sa bouche qui expire si régulièrement, les commentaires vipérins émis devant les visiteurs.

La femme qui court chaque lundi le long de la nationale, dans son hypnotique effort, martelant de chacun de ses pas les horreurs qu'elle étouffe dans sa gorge à longueur de journée, sublimant course après course, les bouffées de froideur et les frissons de rage. Son visage, tendu vers l'effort et rien d'autre, vide de sentiment, vide de peur, vide d'idée. Butée, elle court, sans égard pour elle-même, densément jalouse de sa liberté, si rassemblée. Présente. Obstinément. Lancinante. Vivante.

mardi 23 août 2011

Claire

Quand j'étais enceinte, je m'interrogeais – les questions à la noix habituelles, est-ce que je vais l'allaiter, est-ce que je saurai l'élever, couches lavables ou pas, tout ça...

Et à ce moment-là, c'est la Fille aux craies, Claire, qui m'a répondu. J'avais bien un peu lu son blog et j'aimais assez son ton mi-tranchant, mi-railleur, qui faisait parfois grincer des dents.
Un petit bout de bonne femme, mais une femme de tête, dont la confiance en elle forçait le respect. Du genre à te filer la patate en deux mots – éventuellement à te casser brutalement, mais c'est que tu l'avais mérité.

Claire bloguait depuis 7 ans. Je ne l'ai pas suivie très régulièrement, mais quand elle m'a conseillé des livres sur l'allaitement (Lindon et Maupas, « l'allaitement de mon enfant ») et parlé de choix pour les soins de bébé, je l'ai bien regretté.
J'aurais aimé avoir un contact plus direct avec elle, et puis finalement, j'ai arrêté de twitter et de facebooker en attendant la naissance. Je l'ai juste remerciée, car le livre conseillé m'a vraiment beaucoup aidée : je continue encore à allaiter Soël.



Claire a parlé de sa mucoviscidose sur son blog pour la première fois en janvier dernier, 6 ans après l'avoir commencé. Pas pour se plaindre, mais pas du tout. Pour refuser qu'on la plaigne ou qu'on lui parle de son courage... Pour dire que ce n'était pas la maladie qui constituait la personnalité.


Ce billet disait beaucoup sur elle. Je ne l'ai lu qu'en mai ou en juin, et juste après il y a eu Le GLAIRE, une sorte de blog pour l'accompagner jusqu'à la greffe de poumons qui lui était devenue indispensable.

Les quelques twitteurs qui l'ont créé, pleurent aujourd'hui sa mort survenue 10 jours après la transplantation.

Je voulais juste les saluer, pour leur humour affectueux qui a soutenu Claire, et leur dire que je partage un peu leur tristesse. Sharky, toi aussi, tu as de la peine, je pense à toi. Même si j'étais moins proche d'elle, elle me manquera aussi beaucoup.


Je pense surtout à son mari, à sa petite fille, et espère que tous les témoignages de son amour pour eux et pour la vie les guideront et les soutiendront toujours.


(et ma grandiloquence très nunuche, j'espère que tu en ris bien de là où tu es !)



Oldelaf, La Tristitude par OLDELAF_Officiel

vendredi 10 juin 2011

Moi, Maman




Mardi, c'est la reprise.

Je ne pensais pas que ce serait si dur.
Bon, il y a les 11 mois d'absence du bureau (à part le fait maison), il y a l'ambiance pourrie là-bas, le bébé à confier à la nounou près de 11h par jour, 4 jours par semaine.
Mais je m'estimais heureuse.
Papa participe largement, le bébé est plutôt cool, je ne suis pas trop fatiguée, et le fait de pouvoir reprendre à 80% sur un poste à responsabilité est en soi une bonne nouvelle.
Je me disais : ce sera un petit pincement au cœur pour le laisser le matin. Mais bon, à 39 ans, j'ai eu le temps de construire une vie sans bébé, j'ai donc d'autres perspectives ; je saurai faire front au travail.


Allez savoir pourquoi, le pincement au cœur, je l'ai sans arrêt depuis deux semaines alors que je ne l'ai laissé que 5 fois chez sa nounou, de petites durées.

Allez savoir pourquoi, le simple fait de lui laisser un morceau de tissu pétri de mon odeur m'arrache la peau, j'ai le sentiment de manquer le monde, de me faire voler ma vie par ce bout d'éponge ou de toile.
Allez savoir pourquoi, je me sens déchirée. Et pas une larme ne coule.

Allez savoir pourquoi, tous les raisonnements n'atteignent pas le fond de cet océan chaque jour plus immense, dans lequel j'ai mis le pied quand Bébé m'a montré le bout de son nez, ce midi-là, entre deux pans de l'écharpe qui le retenait contre son père.

Je suis mère, et ce n'est pas un simple état. C'est mon essence.

mercredi 1 juin 2011

Les repas de Soël

Depuis quelques temps, en vue de la reprise du travail, nous essayons de sevrer Soël de l'allaitement - pas toujours simple quand il s'agit de l'endormir -.

Pour accompagner le biberon, je lui chante une petite comptine, faite un peu d'improvisations jazz et avec des paroles absurdes et rigolotes :


Impro 7 - Un éléphant, qui se balançait... par halcyonnavet

Un éléphant qui se balançait, se balançait sur une toile d'araignée
Et il trouvait ce jeu tellement amusant,
Qu'il appela un deuxième éléphant !

Badoum Badoum, Badoum, Badoum Badoum Badoum
Badoum Badoum, BaBadoum, Badoum Badoum Badoum...

Deux éléphants...