samedi 26 mai 2018

Brulures

Conteurs.
Raconteurs.

Lire des histoires, s’identifier, se raconter son histoire.
Se mentir.
Et mentir.

Et voler.

Être libre. Échapper à la réalité. A sa réalité.

Être libre. Et brûler.

Juste aimer, sans fard, sans regret, sans attache et sans jeu. Sans enjeu.

Même si ce n’est pas vrai, même si ce n’est qu’imaginé, ce ne peut être qu’illusion, d’aimer sans condition.

Jamais n’aimer en telle profondeur
Aussi désincarnée que le désir charnel
D’aussi loin que la mort, en vivant l’absolu.

La plaie encore ouverte, infectée, pleine de ce pus que l’erreur y a mise.
Béance du mensonge

Écouter l’irréel, juste l’immatériel, ce que seuls perçoivent les élus violets. Et poursuivre l’histoire hors des sentiers battus, seule compte la lumière, seul compte le chemin.

samedi 4 mars 2017

Un portrait - David

La photographie est un art d'angle. Par conditionnement, David choisit toujours un coin pour s'asseoir.
D'ordinaire, il aime varier ses points de vue. A l'auberge, il s'est inventé un petit jeu, une fantaisie de rien dont Madame Simon s'est faite la complice.
Premier arrivé, il observe les stratégies d'emplacement des autres convives.
Voilà quatre jours qu'à midi, il s'installe à la même table. Toujours, les premiers s'installent loin de lui. Puis, les suivants s'installent toujours à la même table, près de lui, loin des autres.
Il a réfléchi à cela. Ce n'est pas la protection qu'offre le poteau entre eux, ce n'est pas non plus la tranquillité de l'emplacement. C'est une question d'espace de respiration. La distance avec l'autre.

Après, la terrasse se remplit plus ou moins aléatoirement. En fonction de la taille des groupes, du fait qu'il y a des enfants ou non.
La dernière table remplie, quand elle l'est, est toujours la plus proche de la sienne. Son calme relatif, sa solitude, rassurent les premiers arrivés puis, les suivants la respectent, voire la craignent un peu.
La solitude est un art d'angle.

jeudi 2 mars 2017

Stand by

C'est bizarre, la télé. Ça forme comme une spirale, au début, et puis l'on se retrouve bras et jambes coupés, un peu comme lorsque l'on rêve, et l'on subit le mouvement sans le faire.
Là, dans cette attente de l'instant, la nuit égrène ses heures sur l'écran qui scintille.

Cela m'avait toujours paru éphémère, une sorte de meuble en partance, et les seules agitations du monde comme compagnon de voyage.

Les nouvelles, les réclames, un film, ou deux, de ceux qu'on regarde enfoncé dans un siège lorsqu'il pleut, au milieu d'autres rescapés, un cornet de pop-corn en main.

Une illusion d'optique.

samedi 17 octobre 2015

D'une couleur l'autre

 Il y a six ans, j'écrivais ce petit compte-rendu de consultation illustré par un thermomètre qui explose :

http://carnet-ultime.blogspot.fr/2009/09/ouvrez-la-bouche-et-dites.html#comment-form

Vous me direz, pas de quoi fouetter un chat, n'est-ce-pas ? une scène tout ce qu'il y a d'ordinaire dans le plus médiocre des mondes.

Eh bien, mon ordinaire d'hier, il va mener à mon ordinaire de demain.
Où une région de plusieurs millions de personnes va se couvrir d'un drap de plomb.
Où, sans aucune terreur annonciatrice, simplement, comme s'il s'agissait d'une simple feuille enlevée dans un éphéméride, la vie va changer de couleur; et de gris clair, parsemé de soleil, va devenir gris foncé, caca d'oie, et sûrement pas de ce bleu réputé.



Alors demain, je vais voter.
Non par devoir, non par plaisir, non par conviction.
Par lutte.
Avant d'être abîmée, mise au ban, engloutie, parce qu'un jour, j'ai choisi de vivre ici.

L'âme de fond (1)



Dans cette étuve fourbe et douceâtre
L'océan se taisait
Le long des bancs de sable
Se terraient
Les poissons amers

A demi assoupie,
La surface frémit
A remous si ténus
Qu'on les perçoit à peine

Implacable,
Chape immense et vierge de toute splendeur,
La vague sans annonce déroule son poids invisible
Au fond
Les grains s'évadent
Les sons s'élargissent
Et toi, debout, bien droit, immobile et certain,
Tu bouges, soudain tu n'es plus là, perdu corps, et âme

dimanche 27 avril 2014

Tributes

L'immense privilège de connaître, et d'aimer. Parmi ceux qui m'entourent, deux, trois, quatre, ont gagné en re;connaissance puis en notoriété. Pour leur talent, soit, évidemment, immense, mais avant tout pour leur travail incessant, incessamment recommencé, quand la médiocrité attisait leur rage et leur volonté. Pour leur générosité, leur aptitude à transmettre leur savoir, communiquer leur passion.
Depuis mon père, jusqu'à Marie, Hervé , j'ai toujours ressenti gratitude, humilité et soif de toucher ces étoiles. De porter, aussi, jusqu'à leurs failles un peu de baume et de tendresse. Car ils sont forts comme des rocs, nous portent dans leurs rêves. Mais fragiles comme des rêves, ils se brisent aux rochers, par vagues.

Ces écorchés vifs qui ardent et s'exaspèrent, nos phares dans la nuit.



lundi 19 septembre 2011

Cours Danielle - un portrait

C'est une femme un peu sans forme, sans contour, sans âge, sans expression.
Elle a un corps sans personnalité, livré à lui-même. La taille n'est pas marquée, on ne perçoit pas les genoux, les cuisses et les mollets semblent articulés sans transition. Son visage est fade, ses traits sans relief.
Elle court, engoncée dans ses survêtements trop chauds, trop grands, mal assortis ; son t-shirt trop moulant sur ses seins, mornes malgré leur galbe rond, rebondissant trop bas sur son torse.
Elle court les pieds en canard dans des tennis blanches datant de ses années de collège, en soufflant péniblement, le visage rouge, les cheveux collés au front.
Elle court toujours si laborieusement, et aussi de cette façon inexorable. Elle s'acharne, le regard au sol, à avancer de son pas lourd, saccadé et pataud, laissant derrière elle, une maison, un trottoir, une rue, une ville, une famille, un fardeau.
Elle porte dans le rouge de sa veste nouée à sa taille, sa longue veste en jersey dont les liens trop longs ballottent contre ses cuisses, elle porte dans le rouge de cette veste les insultes qu'elle essuie toute la journée. Les « empotée ! » qui pleuvent sur son cou ployé, du matin au soir ; sur ses épaules fuyantes mouillées de sueur, les regards déplaisants, les soupirs lourds de reproches inarticulés.
Sur son visage boursouflé, dans la torsion de sa bouche qui expire si régulièrement, les commentaires vipérins émis devant les visiteurs.

La femme qui court chaque lundi le long de la nationale, dans son hypnotique effort, martelant de chacun de ses pas les horreurs qu'elle étouffe dans sa gorge à longueur de journée, sublimant course après course, les bouffées de froideur et les frissons de rage. Son visage, tendu vers l'effort et rien d'autre, vide de sentiment, vide de peur, vide d'idée. Butée, elle court, sans égard pour elle-même, densément jalouse de sa liberté, si rassemblée. Présente. Obstinément. Lancinante. Vivante.